Retour au blog
Gestion des allergènes en restauration : les 14 allergènes obligatoires et vos obligations
Allergènes

Gestion des allergènes en restauration : les 14 allergènes obligatoires et vos obligations

Ecrit par Michael Rizzo

Les allergies alimentaires concernent environ 4 % de la population adulte et jusqu’à 8 % des enfants en France. En restauration, une mauvaise gestion des allergènes peut avoir des conséquences dramatiques : de la simple réaction cutanée au choc anaphylactique mortel.

Ce n’est pas qu’une question de santé publique, c’est aussi une obligation légale stricte. Voici tout ce que vous devez savoir pour gérer les allergènes de manière rigoureuse dans votre établissement.

Les 14 allergènes à déclaration obligatoire

Le règlement européen INCO (n°1169/2011), transposé en droit français, impose la déclaration de 14 allergènes majeurs. Pas 13, pas 15 : exactement 14. Les voici, avec des exemples concrets de produits où on les retrouve en cuisine.

1. Gluten

Céréales contenant du gluten : blé (y compris épeautre et khorasan), seigle, orge, avoine. On le retrouve dans le pain, les pâtes, les panures, la farine utilisée pour les sauces, les bières, certaines sauces soja.

2. Crustacés

Crevettes, langoustines, homard, crabe, écrevisses. Attention aux bisques, aux fumets, aux chips aromatisées et aux huiles de cuisson partagées.

3. Oeufs

Présents dans les pâtisseries, les pâtes fraîches, la mayonnaise, les panures, les quenelles, certaines charcuteries, les dorures et les meringues.

4. Poissons

Toutes les espèces. Attention aux sauces (Worcestershire, nuoc-mâm), aux bouillons cubes, à la gélatine de poisson et aux produits de surimi.

5. Arachides

Cacahuètes et leurs dérivés. Présentes dans certaines huiles de cuisson, des sauces asiatiques, des pâtisseries, des pralinés et des marinades.

6. Soja

Lait de soja, tofu, sauce soja, lécithine de soja (émulsifiant très courant dans le chocolat, les margarines et de nombreux produits industriels).

7. Lait

Lait de vache et ses dérivés : crème, beurre, fromage, yaourt, lactosérum. Présent dans de très nombreuses préparations, y compris certaines charcuteries et plats cuisinés.

8. Fruits à coque

Amandes, noisettes, noix, noix de cajou, noix de pécan, noix du Brésil, pistaches, noix de Macadamia (Queensland). Courants en pâtisserie, dans les pralinés, les pestos, certaines huiles et les garnitures de salades.

9. Céleri

En branche, en rave ou en graines. Présent dans les bouillons, les soupes, les sels au céleri, certaines sauces et condiments.

10. Moutarde

Graines de moutarde, moutarde préparée. Présente dans les vinaigrettes, les marinades, les sauces, les currys, certains pickles.

11. Graines de sésame

Utilisées dans le pain, les bagels, le houmous, le tahini, certaines huiles, les barres de céréales et les plats asiatiques.

12. Anhydride sulfureux et sulfites

Utilisés comme conservateurs (au-delà de 10 mg/kg). Présents dans le vin, le vinaigre, les fruits secs, les crevettes en conserve, certaines charcuteries, les pommes de terre déshydratées.

13. Lupin

Farine de lupin utilisée dans certains pains, pâtisseries et produits sans gluten. Moins connu mais allergène potentiellement sévère.

14. Mollusques

Escargots, moules, huîtres, calmars, poulpes, seiches. Attention aux sauces de poisson et aux huiles d’huître.

Astuce mémo : retenez l’acronyme GALOPMES CMSSLM (Gluten, Arachides, Lait, Oeufs, Poissons, Mollusques, crustacÉs, Soja, Céleri, Moutarde, Sésame, Sulfites, Lupin, fruits à coque (Macadamia et autres)). Ce n’est pas très élégant, mais une fois mémorisé, vous n’en oublierez aucun.

Vos obligations légales en matière d’allergènes

Le cadre réglementaire

Plusieurs textes encadrent vos obligations :

  • Règlement INCO 1169/2011 : impose l’information du consommateur sur les 14 allergènes, que les denrées soient préemballées ou non
  • Décret 2015-447 : précise les modalités d’information pour les denrées non préemballées (cas de la restauration)
  • Articles R412-12 à R412-16 du Code de la consommation : définissent les sanctions en cas de manquement

Ce que vous devez concrètement faire

Pour les denrées préemballées (plats à emporter, produits vendus en boutique) :

  • Les allergènes doivent figurer dans la liste des ingrédients, mis en évidence (gras, majuscules, soulignement ou couleur différente)
  • La mention doit être claire, lisible et indélébile

Pour les denrées non préemballées (plats servis en salle, buffets) :

  • L’information doit être accessible au consommateur avant l’achat
  • Trois options : affichage visible à proximité du produit, mention sur la carte renvoyant vers un document détaillé, ou information orale par un personnel formé (avec un support écrit disponible sur demande)
  • Un écriteau indiquant “Pour toute information sur les allergènes, veuillez consulter notre personnel” est un minimum, mais pas suffisant seul : le personnel doit réellement être en mesure de répondre

La traçabilité des allergènes

Au-delà de l’information du consommateur, vous devez pouvoir tracer les allergènes dans vos recettes. Cela signifie :

  • Disposer des fiches techniques de chaque ingrédient acheté (avec la liste des allergènes)
  • Mettre à jour vos fiches recettes à chaque changement d’ingrédient ou de fournisseur
  • Documenter les procédures de prévention de la contamination croisée

Comment créer un tableau d’allergènes pour vos recettes

Voici une méthodologie pas à pas pour construire votre tableau d’allergènes, le document qui centralise toute l’information.

Étape 1 : Lister toutes vos recettes

Établissez la liste exhaustive de tous les plats, entrées, desserts, sauces et accompagnements que vous proposez. N’oubliez pas les garnitures, les condiments mis à disposition et les plats hors carte (suggestions du jour).

Étape 2 : Collecter les fiches techniques fournisseurs

Pour chaque ingrédient acheté, récupérez la fiche technique auprès du fournisseur. Cette fiche doit mentionner les allergènes contenus et les éventuelles traces possibles. Archivez ces fiches et vérifiez-les à chaque changement de lot ou de fournisseur.

Étape 3 : Construire le tableau croisé

Créez un tableau avec vos recettes en lignes et les 14 allergènes en colonnes. Pour chaque recette, indiquez :

  • “O” si l’allergène est un ingrédient volontaire
  • “T” si des traces sont possibles (contamination croisée)
  • Laissez la case vide si l’allergène est absent

Étape 4 : Valider et afficher

Faites relire le tableau par une deuxième personne (chef, responsable qualité). Affichez-le en cuisine et mettez-le à disposition du personnel de salle. Datez chaque version pour assurer la traçabilité des mises à jour.

Règle d’or : à chaque modification de recette, même minime (changement de marque de sauce, nouveau fournisseur), vérifiez si les allergènes ont changé. Un simple changement de marque de moutarde peut introduire un nouvel allergène.

La contamination croisée : le danger invisible

La contamination croisée se produit lorsqu’un allergène est transféré involontairement d’un aliment à un autre, par contact direct ou via un ustensile, une surface ou les mains du personnel.

Les situations à risque en cuisine

  • Utiliser la même huile de friture pour des produits panés (gluten) et des produits sans gluten
  • Couper du pain sur une planche puis utiliser la même planche pour préparer une salade “sans gluten”
  • Stocker des fruits à coque au-dessus d’un plat en préparation
  • Ne pas se laver les mains entre deux préparations contenant des allergènes différents
  • Utiliser le même bain-marie pour réchauffer des plats différents

Mesures de prévention

  • Ordre de préparation : préparez en premier les plats sans allergènes, puis ceux qui en contiennent
  • Ustensiles dédiés : utilisez des ustensiles spécifiques pour les préparations sans allergènes (code couleur si possible)
  • Stockage séparé : rangez les ingrédients allergènes identifiés dans des zones distinctes
  • Nettoyage intermédiaire : nettoyez et désinfectez plans de travail et ustensiles entre les préparations
  • Lavage des mains : systématique entre chaque préparation

Pour intégrer ces mesures dans votre routine quotidienne, consultez notre checklist HACCP complète.

Formation du personnel : qui former, quand, sur quoi

Les obligations

La formation en hygiène alimentaire de 14 heures, obligatoire pour au moins une personne par établissement de restauration commerciale, inclut un volet allergènes. Mais cette formation initiale ne suffit pas.

Les bonnes pratiques

  • Tout le personnel en contact avec les denrées doit être sensibilisé, y compris les saisonniers et les extras
  • Le personnel de salle doit savoir répondre aux questions des clients sur les allergènes et connaître la procédure en cas de demande spécifique
  • Briefing régulier : à chaque changement de carte, rappelez les allergènes présents dans les nouveaux plats
  • Documentation accessible : le tableau d’allergènes doit être disponible en cuisine ET en salle, pas rangé dans un tiroir

Contenu minimum de la sensibilisation

  • Les 14 allergènes obligatoires et les produits où on les retrouve
  • Les risques pour la santé (gravité des réactions allergiques)
  • Les mesures de prévention de la contamination croisée
  • La procédure à suivre quand un client signale une allergie
  • La procédure d’urgence en cas de réaction allergique

Que faire en cas de réaction allergique d’un client

Même avec toutes les précautions, un incident peut survenir. Avoir un protocole clair sauve des vies.

Le protocole d’urgence

  1. Ne minimisez jamais les symptômes : urticaire, gonflement des lèvres ou de la gorge, difficultés respiratoires, malaise
  2. Appelez immédiatement le 15 (SAMU) en décrivant les symptômes et en précisant qu’il s’agit d’une suspicion de réaction allergique alimentaire
  3. Demandez au client s’il dispose d’un stylo auto-injecteur d’adrénaline et aidez-le à l’utiliser si nécessaire
  4. Installez la personne en position semi-assise (si difficulté respiratoire) ou allongée jambes surélevées (si malaise)
  5. Conservez le plat incriminé et son étiquetage pour analyse
  6. Documentez l’incident : heure, symptômes, plat consommé, allergènes potentiels, actions entreprises

Après un incident, ne jetez surtout pas le plat. Conservez-le au réfrigérateur dans un contenant étiqueté “Ne pas consommer - incident allergène” avec la date et l’heure. Il pourra être analysé si nécessaire.

Après l’incident

  • Revoyez immédiatement votre tableau d’allergènes pour le plat concerné
  • Vérifiez les fiches techniques des ingrédients utilisés (changement de lot récent ?)
  • Analysez la cause : allergène non déclaré, contamination croisée, erreur de commande ?
  • Documentez les actions correctives mises en place

Simplifier la gestion des allergènes au quotidien

La gestion des allergènes est exigeante, surtout quand les recettes changent régulièrement et que les fournisseurs évoluent. La difficulté n’est pas de créer le tableau initial, mais de le maintenir à jour.

C’est précisément sur ce point qu’un outil comme LABELiO apporte une valeur concrète. Lors de chaque réception de marchandise, une simple photo de l’étiquette permet d’extraire automatiquement les allergènes déclarés par le fournisseur. Quand vous créez ou modifiez une recette, LABELiO identifie automatiquement les allergènes présents dans le plat final en se basant sur les données de chaque ingrédient.

Résultat : votre tableau d’allergènes est toujours à jour, sans ressaisie manuelle, sans risque d’oubli.

En résumé

La gestion des allergènes n’est pas une option : c’est une obligation légale et une responsabilité morale envers vos clients. Les points essentiels à retenir :

  • 14 allergènes à déclaration obligatoire, sans exception
  • Information du consommateur avant l’achat, par écrit ou à l’oral avec support écrit
  • Tableau d’allergènes à jour pour chaque recette, vérifié à chaque changement
  • Prévention de la contamination croisée : une question d’organisation, pas de moyens
  • Formation du personnel : tout le monde est concerné, pas seulement le chef
  • Protocole d’urgence : connu de toute l’équipe, affiché en cuisine

Pour aller plus loin, découvrez nos guides sur la sécurité alimentaire en boulangerie-pâtisserie et notre page dédiée aux traiteurs, où la gestion des allergènes est particulièrement critique lors des prestations événementielles.

Ecrit par

Michael Rizzo
Michael Rizzo

10+ ans praticien HACCP

Fort de plus de 10 ans d'expérience terrain en HACCP et sécurité alimentaire, Michael accompagne les professionnels de la restauration dans la digitalisation de leur traçabilité avec LABELiO.

Voir tous les articles →

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre 'traces possibles' et 'contient un allergène' ?

La mention 'peut contenir des traces de...' est volontaire et concerne la contamination croisée accidentelle lors de la fabrication. Elle n'est pas obligatoire mais recommandée quand le risque existe malgré les précautions. En revanche, la mention 'contient' est obligatoire dès qu'un allergène est un ingrédient volontairement utilisé dans la recette, même en très faible quantité.

L'affichage des allergènes est-il obligatoire sur le menu au restaurant ?

La liste des allergènes n'a pas besoin de figurer directement sur le menu, mais le restaurateur doit informer le consommateur par un moyen visible et accessible : affiche en salle, mention sur la carte renvoyant vers un document détaillé, ou information orale par le personnel (à condition qu'un support écrit soit disponible sur demande). Le décret 2015-447 précise ces modalités.

La formation du personnel aux allergènes est-elle obligatoire ?

La formation spécifique aux allergènes n'est pas un module séparé obligatoire, mais elle fait partie intégrante de la formation en hygiène alimentaire de 14 heures obligatoire en restauration commerciale. Toutefois, tout le personnel en contact avec les denrées doit être sensibilisé aux risques allergènes. En cas d'accident, l'absence de formation peut constituer une circonstance aggravante.

Y a-t-il de nouvelles obligations réglementaires sur les allergènes en 2025 ?

La Commission européenne travaille sur une révision du règlement INCO 1169/2011 pour renforcer l'information sur les allergènes, notamment sur les denrées non préemballées et les ventes en ligne. Des discussions sont en cours sur l'harmonisation de la mention 'traces possibles' avec des seuils quantitatifs communs à toute l'UE, mais aucun nouveau texte n'est encore entré en vigueur.

Quelle est la responsabilité pénale du restaurateur en cas de réaction allergique d'un client ?

Le restaurateur engage sa responsabilité pénale si l'information sur les allergènes n'a pas été correctement communiquée. Les sanctions peuvent aller de la contravention (jusqu'à 1 500 euros par infraction) à des poursuites pour blessures involontaires voire homicide involontaire en cas de décès, avec des peines pouvant atteindre 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.

Simplifiez votre traçabilité HACCP

Découvrez comment LABELiO peut vous faire gagner du temps au quotidien.

Découvrir nos tarifs