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PFAS et AP : zoom sur la réglementation française 2025
Réglementation

PFAS et AP : zoom sur la réglementation française 2025

Ecrit par Michael Rizzo

Depuis 2025, la France a renforcé son arsenal réglementaire face aux contaminants dits « émergents », parmi lesquels les PFAS et les alcaloïdes pyrrolizidiniques (AP). Cette démarche s’appuie sur la directive européenne 2020/2184 relative à la qualité de l’eau et sur le plan d’action interministériel PFAS de 2024. L’objectif ? Protéger la santé publique grâce à une approche scientifique et proactive.

Pour les professionnels de la restauration et de l’agroalimentaire, ces évolutions réglementaires ne sont pas de simples ajustements administratifs. Elles impliquent des changements concrets dans la gestion quotidienne de l’hygiène, la traçabilité des approvisionnements et la mise à jour des plans HACCP. Ce guide fait le point sur les obligations, le calendrier et les actions à mener.

Fondements et objectifs de la nouvelle loi

La loi du 27 février 2025, complétée par l’instruction technique DGS/EA4/2025/22, fixe un cap basé sur le fait de détecter, maîtriser et réduire les expositions aux contaminants émergents dans l’eau et dans les denrées alimentaires. Dès janvier 2026, la limite de qualité pour la somme de 20 PFAS dans l’eau potable sera de 0,1 µg/L. Une norme stricte, mais nécessaire pour restaurer la confiance des consommateurs.

Toutes les parties prenantes sont mobilisées : ARS, préfectures, distributeurs d’eau, mais aussi les acteurs de l’alimentaire. Car la surveillance et la maîtrise de ces substances ne peuvent réussir que dans une dynamique collective.

Calendrier des échéances réglementaires 2025-2030

Pour y voir clair dans les dates clés, voici le calendrier progressif d’entrée en vigueur des différentes mesures :

DateMesureImpact pour les professionnels
27 février 2025Promulgation de la loi PFASCadre juridique général en vigueur
Juin 2025Publication des décrets d’applicationPrécisions sur les modalités de contrôle
Septembre 2025Début du renforcement des contrôles ARS sur l’eauVérification des analyses d’eau pour les captages privés
Janvier 2026Limite de qualité PFAS dans l’eau potable : 0,1 µg/L (somme de 20 PFAS)Obligation de conformité pour tous les distributeurs d’eau
Janvier 2026Interdiction PFAS dans les cosmétiques, textiles, fartsImpact indirect sur les emballages alimentaires
2026-2027Renforcement des seuils AP dans les denrées (miel, tisanes, compléments)Mise à jour des autocontrôles et audits fournisseurs
2027Objectif de réduction TFA à moins de 10 µg/L dans l’eauSurveillance renforcée, investissements des distributeurs
2030Interdiction élargie des PFAS dans les produits de consommationRemplacement progressif des matériaux contenant des PFAS

Le calendrier est progressif, mais la préparation doit commencer dès maintenant. Les établissements qui anticipent auront un avantage décisif lors des premiers contrôles ciblés. Ne pas attendre les décrets d’application pour agir : les principes de la réglementation HACCP imposent déjà une veille sur les dangers émergents.

PFAS : les « polluants éternels » sous surveillance

Persistants, mobiles et difficiles à éliminer, les PFAS inquiètent autant qu’ils fascinent par leur surnom : « polluants éternels ». La loi de 2025 interdit progressivement leur présence dans de nombreux produits, dès 2026 pour les cosmétiques, textiles et farts, et dès 2030 pour un spectre plus large.

Dans l’alimentaire, la vigilance est double : intégration des PFAS dans les plans HACCP, analyses ciblées sur les matières premières et mise à jour documentaire systématique. On comprend pourquoi certains professionnels parlent d’un véritable changement de culture sanitaire.

Alcaloïdes pyrrolizidiniques : des toxines naturelles mais redoutées

Moins connues que les PFAS, les AP sont pourtant des toxines végétales capables de contaminer miel, tisanes ou encore céréales. Depuis 2022, des seuils très bas (1 µg/kg) s’appliquent à plusieurs denrées. Les entreprises doivent donc adapter leurs contrôles et intégrer ce risque naturel dans leur protocole HACCP.

Ce qui peut sembler anecdotique à première vue — une fleur parasite dans un champ — peut avoir un impact réel sur la sécurité des consommateurs. C’est tout l’enjeu de cette réglementation : penser aux détails invisibles mais essentiels.

Surveillance et gestion des non-conformités

La réglementation ne se contente pas de fixer des seuils : elle prévoit aussi les réponses. Dès qu’un dépassement est constaté, les ARS organisent une information immédiate des populations et renforcent les contrôles jusqu’au retour à la conformité.

En cas de présence de PFOS ou de PFOA, les PFAS les plus toxiques, les mesures peuvent aller jusqu’à restreindre la consommation de certains aliments pour les populations sensibles. C’est une approche rigoureuse, mais proportionnée aux risques.

Impact concret pour les restaurateurs : que surveiller, qui auditer

Les produits à risque dans votre établissement

Tous les produits ne présentent pas le même niveau de risque face aux PFAS et aux AP. Voici les catégories à surveiller en priorité :

Pour les PFAS :

  • Poissons et fruits de mer : les espèces d’eau douce (perche, truite, sandre) sont les plus exposées, surtout si elles proviennent de zones proches de sites industriels
  • Produits laitiers : le lait et les fromages de zones contaminées peuvent concentrer les PFAS via le pâturage
  • Légumes-feuilles : épinards, laitues et mâche cultivés sur des sols pollués (boues d’épuration, irrigation)
  • Oeufs : les oeufs de plein air ou bio sont paradoxalement plus exposés si les parcours sont contaminés
  • Eau utilisée en cuisine : eau de cuisson, de rinçage des légumes, glace alimentaire

Pour les AP :

  • Miel : principalement le miel de fleurs sauvages et de bruyère
  • Tisanes et infusions : camomille, menthe poivrée, rooibos
  • Épices et herbes séchées : origan, thym, basilic
  • Compléments alimentaires à base de plantes

Comment auditer vos fournisseurs

La traçabilité commence par la confiance dans vos approvisionnements. Voici les questions à poser à vos fournisseurs :

  1. Disposez-vous de résultats d’analyses PFAS récents pour les produits que vous nous fournissez ?
  2. Quelle est l’origine géographique précise des produits (proximité de sites industriels, zones identifiées à risque) ?
  3. Quelles analyses de conformité réalisez-vous sur les AP pour les produits concernés (miel, tisanes, épices) ?
  4. Pouvez-vous fournir un certificat de conformité aux seuils réglementaires en vigueur ?
  5. Quelle est votre politique en cas de non-conformité détectée sur un lot déjà livré ?

Documentez ces échanges. En cas de contrôle, prouver que vous avez une démarche proactive d’audit fournisseurs est un point positif majeur.

Comment mettre à jour votre plan HACCP : checklist en 7 points

L’intégration des contaminants émergents dans votre plan HACCP n’est pas une refonte complète : c’est une mise à jour ciblée. Voici les 7 étapes concrètes à suivre :

1. Mettre à jour la cartographie des dangers

Ajoutez les PFAS et les AP à votre liste de dangers chimiques identifiés. Précisez les sources potentielles (eau, matières premières, emballages) et les denrées concernées dans votre établissement.

2. Identifier les CCP (points critiques) associés

Pour les PFAS, le CCP principal est la réception des matières premières et le contrôle de l’eau. Pour les AP, c’est la réception des produits à base de plantes (miel, tisanes, épices).

3. Définir les limites critiques

Référencez les seuils réglementaires en vigueur : 0,1 µg/L pour la somme des 20 PFAS dans l’eau, 1 µg/kg pour les AP dans les denrées ciblées. Mettez ces valeurs à jour dès que la réglementation évolue.

4. Mettre en place les procédures de surveillance

Définissez la fréquence des analyses (au minimum annuelle pour chaque famille de produits à risque), le choix du laboratoire accrédité COFRAC, et la procédure de prélèvement.

5. Définir les actions correctives

En cas de dépassement des seuils : retrait du lot, information de la DDPP, changement de fournisseur, analyse complémentaire. Documentez chaque action corrective menée.

6. Mettre à jour la documentation

Votre PMS, vos fiches de réception, vos cahiers des charges fournisseurs et vos procédures d’autocontrôle doivent refléter ces nouvelles exigences. Datez chaque mise à jour.

7. Former votre équipe

Sensibilisez vos collaborateurs aux contaminants émergents : pourquoi ils sont dangereux, quels produits sont concernés, quels réflexes adopter à la réception. Une note interne de 2 pages suffit pour les points essentiels.

La mise à jour de votre plan HACCP face aux PFAS et AP n’est pas un projet à mener en un jour. Commencez par la cartographie des dangers et l’audit fournisseurs. Le reste suivra naturellement dans le cadre de votre démarche d’amélioration continue.

HACCP : des plans repensés en profondeur

Les entreprises doivent aujourd’hui aller bien au-delà des schémas classiques. Les plans HACCP 2025 imposent :

  • L’identification fine des dangers chimiques émergents
  • Leur intégration dans chaque étape : réception des matières, eau utilisée, stockage, transformation
  • Une veille scientifique et réglementaire active
  • Une mise à jour documentaire permanente, preuves à l’appui

Autrement dit, les responsables qualité n’ont plus seulement un rôle de gardiens de conformité : ils deviennent aussi des acteurs de veille et d’anticipation.

Gestion environnementale et traçabilité des sources

Autre nouveauté : la réglementation prend en compte la contamination environnementale. Dépôts sauvages, mousses anti-incendie ou rejets industriels doivent être identifiés et traités sans délai. Pour l’acide trifluoroacétique (TFA), un PFAS à chaîne courte, la France applique dès à présent une valeur indicative de 60 µg/L, avec un objectif de réduction à moins de 10 µg/L.

Exigences concrètes pour les professionnels

En résumé, les responsables qualité doivent revoir leur cartographie des dangers, adapter leurs autocontrôles, renforcer les audits fournisseurs et communiquer en toute transparence avec clients et autorités.

Cela peut paraître lourd, mais beaucoup de professionnels témoignent déjà d’une évolution positive : moins de zones grises, plus de clarté dans les pratiques et une meilleure préparation en cas de contrôle.

Ressources officielles pour aller plus loin

Pour approfondir vos connaissances et rester à jour, voici les sources de référence à consulter régulièrement :

  • ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) : anses.fr — avis scientifiques, seuils de référence, études de risque sur les PFAS et AP
  • DGAL (Direction générale de l’alimentation) : agriculture.gouv.fr/dgal — instructions techniques, notes de service, guides officiels HACCP
  • ARS (Agences régionales de santé) : votre ARS régionale publie les résultats de surveillance de l’eau et les alertes locales
  • COFRAC : cofrac.fr — annuaire des laboratoires accrédités pour les analyses PFAS et contaminants
  • Ministère de l’Écologie : carte interactive des sites émetteurs de PFAS et résultats de surveillance des eaux

La restauration collective est particulièrement concernée par ces évolutions, compte tenu des volumes d’eau et de matières premières utilisés quotidiennement.

Conclusion : anticiper plutôt que subir

La réglementation de 2025 n’est pas un simple ajout administratif. Elle redéfinit la manière dont nous appréhendons la sécurité sanitaire. Elle nous rappelle que face aux contaminants émergents, la vigilance ne peut être qu’un effort partagé : scientifiques, pouvoirs publics, entreprises, mais aussi consommateurs.

Les professionnels qui prennent les devants — en mettant à jour leur plan HACCP, en auditant leurs fournisseurs et en instaurant une veille réglementaire — se positionnent favorablement. Non seulement pour les contrôles, mais aussi pour la confiance de leurs clients.

Et vous, comment vous préparez-vous à intégrer ces nouvelles exigences dans votre plan HACCP ?

Ecrit par

Michael Rizzo
Michael Rizzo

10+ ans praticien HACCP

Fort de plus de 10 ans d'expérience terrain en HACCP et sécurité alimentaire, Michael accompagne les professionnels de la restauration dans la digitalisation de leur traçabilité avec LABELiO.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la réglementation française de 2025 sur les PFAS et les AP ?

Depuis le 27 février 2025, une nouvelle loi encadre la détection, la maîtrise et la réduction de l'exposition aux contaminants émergents comme les PFAS et les alcaloïdes pyrrolizidiniques (AP). Elle s'appuie sur la directive européenne 2020/2184 et le plan interministériel PFAS de 2024.

Quels sont les objectifs de cette réglementation ?

L'objectif est clair : protéger la santé publique en renforçant la surveillance de l'eau et des denrées alimentaires, et en restaurant la confiance des consommateurs grâce à des normes strictes et une approche proactive.

Quelles limites sont fixées pour les PFAS dans l'eau potable ?

Dès janvier 2026, la somme de 20 PFAS ne devra pas dépasser 0,1 µg/L dans l'eau destinée à la consommation humaine. Pour le TFA (un PFAS à chaîne courte), une valeur indicative de 60 µg/L est déjà appliquée, avec un objectif de réduction à moins de 10 µg/L.

Comment les PFAS sont-ils encadrés dans les produits de consommation ?

Surnommés « polluants éternels » en raison de leur persistance, les PFAS sont progressivement interdits : dès 2026 dans les cosmétiques, textiles et farts, puis en 2030 dans un périmètre plus large de produits.

Que sont les alcaloïdes pyrrolizidiniques (AP) et pourquoi sont-ils surveillés ?

Les AP sont des toxines naturelles présentes dans certaines plantes. Elles peuvent contaminer le miel, les tisanes ou les céréales. Depuis 2022, des seuils très bas (1 µg/kg) sont imposés dans plusieurs denrées, obligeant les entreprises à adapter leurs contrôles HACCP.

Que se passe-t-il en cas de dépassement des seuils réglementaires ?

Les agences régionales de santé (ARS) doivent informer immédiatement les populations concernées et renforcer les contrôles. Pour les PFAS les plus toxiques (PFOS, PFOA), des restrictions de consommation peuvent être appliquées aux populations sensibles.

Quels changements apportent ces règles aux plans HACCP ?

Les plans HACCP de 2025 intègrent désormais : L'identification des dangers chimiques émergents Leur prise en compte à chaque étape (matières premières, eau, stockage, transformation) Une veille scientifique et réglementaire active Une mise à jour documentaire constante avec preuves à l'appui

Quelles sont les implications concrètes pour les professionnels ?

Les responsables qualité doivent renforcer leurs autocontrôles, mettre à jour la cartographie des risques, auditer leurs fournisseurs et communiquer avec transparence. Ce renforcement des pratiques apporte plus de clarté et prépare mieux les entreprises en cas de contrôle officiel.

Combien coûte une analyse PFAS pour un professionnel de la restauration ?

Le coût d'une analyse PFAS en laboratoire accrédité varie entre 150 et 400 euros par échantillon selon le nombre de molécules recherchées (20 PFAS ciblés ou screening large). Pour les analyses d'eau, comptez environ 150 à 200 euros. Pour les denrées alimentaires, le coût se situe entre 250 et 400 euros. Ces tarifs tendent à baisser avec la généralisation des contrôles. Certains laboratoires proposent des forfaits annuels pour les établissements réalisant plusieurs analyses.

Quels laboratoires sont accrédités pour les analyses de PFAS en France ?

Les analyses PFAS doivent être réalisées par des laboratoires accrédités COFRAC selon la norme NF EN ISO/IEC 17025. L'ANSES publie la liste des laboratoires agréés sur son site. Les principaux réseaux comme Eurofins, SGS, Bureau Veritas et Carso disposent d'accréditations spécifiques PFAS. Vérifiez toujours que le laboratoire possède l'accréditation pour la matrice analysée (eau, aliments) et pour les molécules recherchées.

À quelle fréquence faut-il contrôler les PFAS dans un établissement de restauration ?

La fréquence dépend de votre profil de risque. Pour l'eau, si vous êtes raccordé au réseau public, les contrôles sont réalisés par le distributeur. Si vous utilisez un captage privé, une analyse annuelle est recommandée. Pour les denrées, une analyse par famille de produits à risque (poissons, produits laitiers, légumes-feuilles) est conseillée à chaque changement de fournisseur et au minimum une fois par an. Les établissements de restauration collective doivent intégrer ces contrôles dans leur plan d'autocontrôle.

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